L’isolement terre-neuvien

Connaissez-vous la chanson « Les murs de poussière » de Francis Cabrel? C’est l’histoire d’un gars qui rêvait d’une ville étrangère, parce qu’il voulait trouver mieux que son lopin de terre et son vieil arbre tordu au milieu. Bref, pour faire une histoire courte, il ne trouve pas mieux, il rentre chez lui et se brûle les yeux. J’ai par ailleurs toujours trouvé que c’était une finale fort étrange que le type se brûle les yeux à la fin de l’histoire et si quelqu’un peut m’expliquer si c’est une allégorie ou pourquoi il se brûle vraiment les yeux, j’apprécierait beaucoup. Mais passons.

Quand t’es à 2 534 km de route des personnes que tu voudrais serrer dans tes bras, avec 33h heures en char sans arrêt, plus un traversier, dans une « ville étrangère » (ok c’est clairement un village mais pour les Terre-Neuviens, c’est une ville alors whatev), pi que t’es partie parce que, quelque part, dans les grands espaces canadiens, tu voulais trouver mieux que ta banlieue de Montréal où t’as grandi, ben Francis Cabrel y te fait ressentir des émotions en esti dans ton petit cœur de Québécoise expatriée. Même si Francis Cabrel est Français et que Les murs de poussière ne parle certainement pas de Saint-Jérôme, P.Q.

Francis Cabrel me fait vivre autant d’émotions parce, faire le programme Odyssée, ou n’importe quel travail nécessitant d’être expatrié-e en région éloignée, ça fait vivre de l’isolement comme je n’en n’avais jamais vécu dans ma vie.

Ça me faisait pas peur, l’isolement. En tant qu’introvertie appréciant les marches en solitaire et les bons romans près du foyer, aller vivre dans une petite communauté près de la mer, ça semblait être un plan idéal, même jouissif. Par moment ce l’est vraiment.

Puis, souvent à cause d’instagram de marde, qui est sans doute l’invention la plus masochiste jamais inventée (suivez le blogue sur instagram –­­> @lachandram svp) je vais voir une photo anodine. Des anciennes connaissances de l’uni qui ont été boire un verre ensemble par exemple, une amie qui prend une photo avec une personne que je ne connais pas. Et je vais être submergée d’une jalousie tellement puissante qu’elle m’en rend mal physiquement.

C’est difficile à décrire comme sentiment. C’est un peu comme lorsqu’on devient extrêmement irritable à cause qu’on est affamé ou épuisé. J’ai faim de relation sociale, de chaleur humaine. Une faim qui me dévore de l’intérieur et qui me cloue devant mon écran, impuissante face à mon désarroi d’être seule ici.

Lorsque le sentiment devient insoutenable, je prends mon téléphone et j’attends. Quitte à avoir le real deal, une voix familière au téléphone peut à tout le moins me servir d’ersatz et me rendre le cœur plein, pour un moment. Mais qu’est-ce qu’un bête appel dans cette période de réseaux sociaux et de messagerie instantanée, pour ceux qui sont déjà près des siens?

Bon nombre ne répondent pas, me laissant avec mon cœur affamé. Parfois ils ne peuvent pas, parfois c’est par paresse, et j’ai dû me rendre à l’évidence que pour certains, ils n’en n’ont rien à battre. Que puis-je y faire? Une amitié ne vaut pas plus que ce que l’autre ou soi-même choisit d’y accorder.

Ne reste que ceux qui décrochent et dont j’entends la voix au bout du fil. Ce n’est pas toujours ceux qu’on pense, et être à 2 534 km d’un ami-e peut t’en apprendre autant sur sa personne qu’en passant tes soirées avec.

Enfin, ce texte n’a pas pour but de juger les personnes loin de moi ou de les blâmer pour mes déboires terre-neuviens.

Non, ce que je retiens de mon expérience d’isolement, ce ne sons pas les déceptions sociales, mais plutôt la beauté du contact humain. Ayant été victime d’intimidation au secondaire et, six ans après avoir gradué et terminé cette expérience désagréables*, je gardais une méfiance des autres qui était tant qu’à moi bien fondée. Mais, le contact humain, aussi pénible peut-il être par moment, est magnifique et je sous-estimais son importance.

Bon, le texte va finir de même, il est 1h15 du matin et le texte est sans doute aussi cucul pour cette raison. On devient tous plus quétaines passés minuit. J’aurais pu attendre et le retravailler demain, mais je voulais poster quelque chose ce soir, alors comme ils disaient dans mon temps #yolo, tant pis pour le paragraphe de conclusion.

xox

Chandram, La

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*On peut apprécier l’ironie que je travaille présentement dans une école secondaire.

 

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Lancer des roches et autres terre-neuveries

Donc voilà, apparemment j’écris sur mon blogue à tous les 9 mois avant de l’abandonner pour encore 9 mois. C’est comme quand je joue aux Sims dans le fond.

C'est un beau selfie dans mon beau k-way rose

La Chandram, qui s’apprête à aller lancer des gros galets dans l’eau

La dernière fois que j’ai écrit sur ce blogue, je vivais dans le sous-sol de mes parents, suite à une sortie dramatique de mon bacc en droit. Aujourd’hui, je ne suis plus dans un sous-sol, je suis dans le rez-de-chaussé d’un immeuble à Holyrood, Terre-Neuve, dans une chambre. Je fais le programme Odyssée, qui, en gros, est le summum du multi-culturalisme canadien à la P-E Trudeau. Ma job, dans une école secondaire terre-neuvienne est de partager la culture franco-canadienne et d’inciter les jeunes à apprendre le français au travers d’activités amusantes et éducatives. C’est pas trop clair comme description et c’est pas trop clair ce que je suis supposée faire puisque ça change d’école en école. Mais vu que la population francophone est quasi-inexistante à Terre-Neuve, le simple fait de démontrer aux jeunes que des vraies personnes parlent vraiment français au Canada les impressionne déjà beaucoup. Enfin… éventuellement je vous parlerai de la job, dans laquelle euh, je n’excelle pas toujours (oups) mais aujourd’hui, parlons de Terre-Neuve et de Holyrood.

Ça fait déjà un boutte que je suis ici et j’en ai encore pour un boutte alors je dois faire attention à ce que je dis, parce que certains Terre-Neuviens, bien qu’anglophones de naissance, comprennent assez bien le français, comme le directeur de mon école et la prof de français avec qui je travaille (Si vous lisez ça, salut vous deux!). Ça ne devrait pas être trop pire parce que je n’ai pas trop de choses négatives à dire, mais tu ne veux pas te mettre l’île où tu vis à dos, parce que c’est une île et l’eau est très froide pour nager jusqu’au continent s’ils sont fâchés contre toi.

Donc Terre-Neuve, c’est magnifique mais… euh… peu de gens le savent parce que peu de gens vivent là (en particulier en dehors de St-John’s, genre à Holyrood) et peu de gens y vont. Donc les infrastructures sont quelque peu limitées, ce qui rend l’expérience assez chaotique quand tu es une p’tite hipster pas d’auto (mes haters vont dire que j’ai pas de permis non plus) comme moi. Je vis à 35 km de St-John’s, la capitale et il n’y a aucun moyen de s’y rendre, mis à part faire du pouce ou supplier un collègue de te faire un lift. Ça suce un peu beaucoup parce que j’aime vraiment beaucoup y aller. St-John’s, c’est une ville cool qui ne sait pas qu’elle est cool, alors ça la rend encore plus cool. Mais je ne vis pas à St-John’s, je vis à Holyrood.

Je passe donc le plus clair de mon temps dans mon village à 35 km de St-John’s qui pourrait tout aussi bien être à 350 km de St-John’s et ça ne changerait pas grand-chose pour moi étant donné que je n’ai pas d’auto. Ma vie sociale est anémique dans ce village où je suis peut-être la seule personne dans la tranche d’âge 18-25 ans. Quand je suis en congé, la plus grosse interaction sociale de ma journée est quand la caissière du « convenience store » me dit « have a nice day, my love » et là je me sens toute spéciale parce qu’elle m’a appelée « my love » même si toutes les Terre-Neuviennes appellent littéralement tout le monde « my love » et je trouvais ça bizarre au début, parce que la caissière et moi on n’avait même pas eu une date encore, et dans mon esprit de Québécoise, d’habitude il y a une petite période de fréquentation avant que tu commences à appeler quelqu’un « mon amour ». Les Terrre-Neuviennes, elles, elles ne niaisent pas avec ça.

J’habite à deux minutes de la plage de gros galets où, une fois, j’ai vu des baleines et j’étais bin excitée. J’aime toujours aller à la plage, même si marcher sur des gros galets, ce n’est pas évident et même si l’eau est en permanence assez froide pour te faire faire un arrêt cardiaque si tu te trempes au complet dedans. Mais c’est le fun pareil et j’aime lancer des gros galets dans l’eau et entendre le gros plouf. J’ai sans doute l’air touriste en titi quand je fais ça mais c’est pas grave, après cinq mois je trouve ça encore cool.

Sinon, je vais souvent marcher sur l’ancienne « track » de chemin de fer, mais c’est toujours dangereux parce mes élèves roulent en motocross et en quatre-roues dessus et ils passent toujours proche de m’écraser. Je crois qu’ils ne font pas exprès de toujours passer proche de m’écraser, parce que j’aime penser que les élèves avec qui je travaille m’aiment bien. Cela dit, à Terre-Neuve ou au Québec, un p’tit criss, ça reste un p’tit criss. Et c’est vrai que dans le village, à part rouler en malade en quatre roues ou aller au Subway, il n’y a pas toujours grand chose à faire. Donc j’accepte le risque de mort par quatre-roues conduit par un ti-cul de 14 ans et je vais prendre ma p’tite marche su’a vieille track après avoir lancé mes roches…

Bon, vu que je vais essayer de rendre ce blogue intéressant à nouveau, je vais m’arrêter là pour me garder du bon stock pour d’autres articles et vous laisser en haleine pour de nouvelles aventures de ma vie terre-neuvienne où il ne se passe absolument rien!

J’espère que mes fidèles lecteurs (ma famille et mes quatre amis) seront au rendez-vous pour cette toute nouvelle édition revampée de mon blogue (par revampée, je veux dire: un blogue que j’écris dessus pour de vrai) et que je peux make LaChandram Great Again.

À plus bientôt que d’habitude!

xox

La Chandram

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